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par Photoisere » lun. janv. 13, 2020 10:28
Merci à tous pour vos photos de rues désertes. Il y en a beaucoup, cela me fait plaisir de constater que le thème vous a inspirés. Voici mes commentaires détaillés sur chacune, car j’aime bien expliquer mes choix.
La 1, de saison, répond parfaitement au thème : seul le bel arbre et le rosier sur une façade apportent une petite présence vivante. Le cadrage me plaît car les traces de voitures conduisent l’œil à cheminer dans cette rue. La photo raconte une histoire, celle d’un matin d’hiver neigeux où pas grand monde ne s’est encore aventuré dehors. Ce qui me gêne par contre est qu’elle est quand même bien grise… Alors, oui, c’est dans une ambiance d’hiver, mais il y aurait peut-être eu mieux à faire dans la gestion des couleurs. Je la retiens néanmoins dans ma short-list.
Pour la 2, je n’accroche pas trop… Pourtant, j’adore Venise. Mais bon, c’est un canal et non pas une rue. Et il n’est pas tout à fait désert puisque nombre de bateaux y sont stationnés. Il y a pourtant de vraies rues à Venise, avec des pavés intéressants et des façades dont la structure est plus marquée, avec un joli pont qui traine à droite ou à gauche et, en étant patient et à la bonne heure, on peut en trouver des désertes. L’histoire racontée ici est « voilà un canal vénitien hors saison » et non pas « voilà une rue déserte ».
La photo 3 est très étonnante par son sujet. La juxtaposition de ce bâtiment en ruine…aux fenêtres fleuries et des bâtiments très proprets en arrière-plan lui confère une réelle originalité et un vrai charme. En Allemagne ? En République tchèque ? En Pologne ? En Roumanie ? Certes, les tons sont un peu rougeâtres, le ciel est sans couleur ni structure, et le lampadaire surexpose un peu son environnement immédiat, mais ce n’est pas grave, cette photo interpelle dans son ensemble. La rue en soi n’est pas le sujet principal (c'est plus le bâtiment à gauche), mais bon, les bâtiments forment la rue, et elle est bien déserte. Et l’image raconte une histoire : celle d’une ville que se reconstruit, ou celle de la limite entre un quartier défavorisé et un quartier plus riche. En short-list, donc.
La 4 répond bien à la thématique, et la prise de vue à l’heure bleue est intéressante, on sent que cette rue va devenir « de plus en plus déserte ». Mais en fait, je trouve dommage qu’elle n’ait pas été développée en N&B. Le côté lugubre de la rue déserte serait bien mieux ressorti, alors que là, il y a un beau ciel plutôt joyeux, et cela donne envie d’aller se promener par là. Alors que normalement, une rue déserte la nuit, ça devrait faire peur ! En short-list quand même.
La photo 5 ne m’inspire pas du tout. Oui, c’est une rue déserte. Mais il n’y a rien qui attire le regard particulièrement, et pas d’histoire. Pour moi, elle n’a rien de remarquable ni au plan artistique ni au plan de la technique photographique. Désolé, mais je ne la retiens pas.
Pour la 6, il y a de l’idée, et d’une manière générale j’aime bien les pavés. Et justement, le sujet principal n’est pas la rue en soi, mais les pavés. Le reste de la photo ne présente pas suffisamment de choses intéressantes pour que je la retienne, relativement au thème imposé.
Sur la 7, de belles lignes de fuite, un bon redressement des verticales, et la ruelle est bien déserte. Ces hauts murs sont impressionnants, mais le lampadaire moderne dénote légèrement et aurait pu avantageusement être sorti du cadre (le quart supérieur de l’image n’apporte rien, en fait). Également, le traitement des couleurs (ou l’absence de traitement) me gêne beaucoup. Et rien ne m’incite à aller voir cette ruelle de plus près.
La rue végétale de la 8 est très belle. Très bien réalisée, un cadrage parfait, de bons choix techniques, et on comprend bien pourquoi elle était déserte au moment de la prise de vue. Le N&B s’imposait et est bien équilibré. J’aime beaucoup. Ce n’est pas une rue classique, mais je la glisse quand même dans ma short-list, car c’est vraiment une belle image : on est dedans, on entend la pluie et le vent...
Pour la 9, cette vue nocturne d’une rue du Mont Saint Michel (si je ne me trompe pas…) aurait pu être très belle. La photographier déserte nécessite de veiller tard dans la nuit, bravo ! Par contre, même si je mets rarement la technique pure comme critère d’appréciation des photos, la très faible profondeur de champ nuit ici beaucoup à la lecture de l’image ; le fond fait extrêmement fouillis. Sans trépied, c’était difficile de faire mieux, je sais. Mais alors, sans pouvoir fermer plus, il aurait fallu privilégier un vrai point d’intérêt pour faire le focus : dans les mêmes conditions techniques, j’aurais fait le point sur les maisons du fond, en y baissant par ailleurs les hautes lumières. Également, la prise de vue dans l’axe de la rue n’est pas à mon sens l’idéal ici : je me serais posé dans le renfoncement à gauche, juste avant l’enseigne « la vieille auberge », ce qui aurait permis d’éliminer la grille d’égout du premier plan (on ne voit qu’elle, d’autant qu’elle fait partie des rares éléments à peu près nets) et de montrer un peu les devantures de la partie droite de la rue. Cela aurait permis aussi d’éviter ce pan de mur du premier plan à droite, qui n’apporte rien et attire trop l’œil. Dommage, car le sujet est beau et, sans les flots habituels de touristes, il y avait de quoi faire de chouettes images.
La 10 est bien dans le thème. Une rue médiévale comme il en reste beaucoup. Mais aucun des éléments les plus intéressants (les encadrements de portes, les végétaux, les pavés…) n'est particulièrement mis en valeur. Le choix du N&B est intéressant, car je suppose que de toute façon le ciel était gris-blanc, mais l’ensemble manque de profondeur et de contraste. Pour moi, cette photo ne sort pas du lot.
La rue de la 11 n’est pas exactement déserte : le beau cadrage met en effet très bien en valeur la végétation luxuriante. Et si on regarde de plus près, même si on ne le voit pas, il y a du monde quelque part, car la boutique d’espadrilles est ouverte ! La lumière dure d’Ibiza entraîne le regard sur les murs les plus blancs plutôt que sur l’ensemble de la rue. Le sujet principal n’est pas la rue en soi mais l’immeuble du fond aux volets verts, bien encadré par les plantes retombantes. Et l’impression globale que je ressens, malgré l’absence d’être humains dans l’image, est celle d’une rue pleine de vie. C’est une bien belle photo mais elle ne correspond pas à l’idée que je me fais d’une rue déserte.
Donc, ma première short-list est : 1, 3, 4, 8.
Le deuxième : 3 et 8, pour une meilleure impression visuelle d’ensemble que pour les photos 1 et 4.
Et au final, c’est très difficile de choisir, tellement les deux photos sont différentes. Ce sera finalement la 3, d’abord parce qu’elle montre plus une « vraie rue » que la 8, et aussi parce qu’il me semble qu’elle raconte plus de choses que la haie végétale de la 8.
Encore une fois, bravo et merci à tous.